PNA insectes Pollinisateurs Sauvages - journée d'échanges sur la thématique 'abeilles domestiques et pollinisateurs sauvages"

Mise en ligne : 
24/11/2016
Retour du correspondant RNF au PNA Insectes Pollinisateurs Sauvages sur la journée d'échanges sur la thématique « abeilles domestiques et pollinisateurs sauvages » organisée par PNF (6 septembre 2016)

Quels territoires pour quelles abeilles ?
Derrière le vocable « abeille », l'abeille domestique ou abeille mellifère, pratiquement seule espèce élevée par l'homme, en tout cas la seule en Europe pour la production d'une denrée alimentaire sucrée, cache les pratiquement mille autres espèces d'hyménoptères apoïdes françaises, inconnues, souvent solitaires, parfois spécialisées dans leur régime alimentaires (mono ou oligolectique), aux modes de vie et de nidification divers et variés, et tout aussi bonnes voire meilleures pollinisatrices (en tout cas leur présence démultiplie l'efficacité de la pollinisation par les abeilles domestiques).
Oubliées tout au long du XXième siècle, les abeilles sauvages sont redécouvertes sur les milieux gérés et protégés, malgré les difficultés de détermination. Encore plus difficiles sont les expérimentations capables de qualifier l'interaction abeilles domestiques/abeilles sauvages. Les différentes présentations de l'après-midi d'échanges organisé par la fédération des parcs nationaux montrent la difficulté pour obtenir des réponses aux questionnements de la société civile. Pour l'instant, chaque cas reste représentatif uniquement de lui-même, peu d'informations sur les interactions domestiques/sauvages sont généralisables et des résultats a priori contradictoires brouillent la compréhension, l'ensemble des interactions étant aujourd'hui pour la plupart d'un niveau de complexité trop important pour être modélisable et extrapolable scientifiquement.
Les risques pathogènes sont peut-être ce qui est le mieux connu avec certitude aujourd'hui. L'élevage d'abeilles domestiques, en mettant en contact Apis mellifera avec Varroa destructor (originellement parasite de l'abeille asiatique Apis cerana) a fragilisé à l'excès l'abeille mellifère, au point qu'elle ne supporte plus aussi bien ses pathogènes traditionnels ou l'environnement chimique créé par l'homme. Varroa amplifie et recombine des virus de l'abeille domestique au sein de l'espèce, créant de nouveaux organismes potentiellement dangereux pour d'autres espèces. On en arrive à ce que que tout rucher représente aujourd'hui un risque sanitaire réel pour un large éventail d’espèces d’hyménoptères apoïdes sauvages, la circulation de certains virus de l'abeille domestique ayant été prouvé chez des apiformes sauvages. Le principe de précaution serait alors brandi mais est-ce vraiment applicable ?
Sociologiquement, les tenants de l'abeille mellifère ne peuvent faire face à ce contre coup destructeur de leur philosophie bienfaisante et écologiste de l'élevage apicole. C'est pourquoi l'échange n'est plus du tout tout apaisé entre ceux-ci et les protecteurs des abeilles sauvages.
Les milieux naturels protégés, labels garant d'effet moindre de l'agriculture intensive sur ces territoires et ayant donc un fort pouvoir attracteur auprès des éleveurs d'abeilles, deviennent de fait l'enjeu de guerres territoriales pour savoir qui, des sauvages ou des domestiques, il faut sauver (la soldate abeille). Le partage va être complexe, incertain, brutal, sans retour possible et déstructurant. La guerre ne fait que commencer et les gestionnaires de milieux naturels se retrouvent en première ligne, sans le recul nécessaire pour contenter tout le monde. Comme dans un plan de gestion, il va falloir faire un choix, mais chaque argumentaire sera unique et personnalisé.
Depuis une ville ou un mur est tombé, retour sur un après-midi dans le Var organisé par Parcs Nationaux de France.
Dominique Malécot, Berlin, 30 septembre 2016

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