Programme « Hyménoptères Pollinisateurs » – Premiers résultats de l’inventaire des abeilles sauvages

RNN Lac de Remoray 2018 © A.Delmas
RNN Plaine des Maures 2018 © A.Delmas
Mise en ligne : 
25/10/2019

9 Réserves naturelles nationales (lac de Remoray, ravin de Valbois, combe Lavaux - Jean Roland, Chalmessin, étang du Grand Lemps, gorges de l’Ardèche, plaine des Maures, forêt de la Massane, et Ristolas-Mont Viso) se sont lancées depuis environ 10 ans dans l’étude de l’intégrité écologique de leurs milieux naturels sur la base de l’analyse des communautés de syrphes, la méthode « Syrph the Net ». Cette méthode suppose un échantillonnage des communautés par tentes Malaise, au piégeage non sélectif. Une quantité importante d’insectes (diptères et hyménoptères notamment) fut ainsi capturée, conservée, mais non exploitée. Ce constat a motivé la valorisation de ces captures afin de mieux connaître le rôle des hyménoptères dans l’interaction de la pollinisation.

 

Le programme « Hyménoptères pollinisateurs » part de ce constat et a pour objectif de développer à long terme un ou plusieurs indicateurs du bon état de conservation et/ou de fonctionnalité écologique des milieux naturels, humides notamment, basé sur les communautés d’hyménoptères.

 

Le volet principal de ce projet cible les communautés d’abeilles sauvages (Apoidea: Anthohpila) et a pour objectifs :

  • d’approfondir nos connaissances sur les abeilles sauvages (nombre d’espèces, répartition, écologie, menaces) en dressant un état de référence des communautés d’abeilles sauvages présentes en milieu naturel. Les milieux urbains et agricoles forment le cadre d’étude de la plupart des recherches actuelles mais rarement le milieu naturel.
  • de cerner les enjeux de conservation des abeilles sauvages au sein des Réserves naturelles ;
  • de préfigurer un ou plusieurs indicateurs du bon état de conservation des communautés d'abeilles sauvages et du fonctionnement des écosystèmes/habitats en place ;
  • d’améliorer et standardiser la stratégie d'échantillonnage et construire un protocole de veille écologique dans le cadre de futures études.

 

Le matériel entomologique issu des tentes Malaise (2008-2017) n’étant pas adapté pour le développement d’indicateurs, il fut nécessaire d’entreprendre sur 7 des 9 réserves un échantillonnage standardisé au filet et par pièges colorés en 2018. Les pièges colorés furent posés une fois par mois entre mars et septembre, additionné de captures opportunistes au filet aux abords de ces pièges et sur des habitats naturels et remarquables. 8119 abeilles capturées ont donc été épinglées et mises en collection par Aurélie Delmas avant d’être identifiées par les spécialistes de l’Observatoire des abeilles. 88,42 % des spécimens sont aujourd’hui déterminés à l’espèce et forment un cortège total de 281 espèces, soit 29 % de la faune française (985 espèces recensées à l’heure actuelle). Les groupes restants à déterminer sont les hylées (Colletidae: Hylaeus spp.), les lasioglosses alpines (Halictidae: Lasioglossum) et les abeilles cleptoparasites (genres Nomada, Sphecodes, Ammobates, Epeolus, Thyreus, Melecta, Epelioides, Triepeolus, Biastes, Ammobatoides, Stelis, Aglaoapis). Le délai de détermination de ces groupes est variable et tributaire du plan de charge des spécialistes très sollicités.

Une phase d’analyse statistique des données d’inventaire fut ensuite entreprise afin d’étudier la possibilité de développer un indicateur. Cette analyse a supposé la création d’une base des traits écologiques des abeilles de France. L’analyse statistique a également porté sur la recherche d’indicateurs simples et déployables avec une seule identification au genre, dont l’apprentissage est tout à fait envisageable à l’échelle du réseau des réserves, et à même de renseigner sur l’état de conservation des cortèges existants (diversité spécifique, diversité fonctionnelle). Elle a notamment permis de dégager les résultats suivants :

  • il est nécessaire de travailler avec des données d’abeilles identifiées à l’espèce et pas seulement au genre ;
  • les méthodes de capture au pièges colorés et au filet sont complémentaires car elles n’échantillonnent pas les mêmes communautés sur le plan fonctionnel. Il est désormais démontré que les abeilles capturées par pièges colorés sont plus petites et nichent préférentiellement terricoles ;
  • un échantillonnage sur un minimum de 3 ans est nécessaire pour disposer d’une vision exhaustive du cortège total en place et pour engager la construction d’un potentiel indicateur de suivi. En effet, un échantillonnage entrepris sur une saison permet de connaître entre 50 % et 70 % de la richesse spécifique d’une réserve naturelle ;
  • le mode de nidification épigée ou hypogée (au-dessus ou au-dessous du sol) préfigure un indicateur potentiel de la diversité spécifique de chaque réserve. Une intégration totale des données de capture des tentes Malaise pourrait permettre de renforcer l’analyse en place et de conforter cette recherche d’indicateurs ;
  • la valeur patrimoniale de certains taxons rares et menacés ne doit pas être écartée par une approche fonctionnelle.

 

Il apparaît dont aujourd’hui essentiel de poursuivre ce travail et notamment sur les axes suivants :

1) refaire les analyses statistiques en intégrant les données manquantes ;

2) créer des fiches RN, avec les principales infos des cortèges d’abeilles présentes : espèces et milieux à enjeux, espèces hygrophiles, etc. ;

3) traiter les infos abeilles/fleurs de la chasse à vue ;

4) poursuivre l’échantillonnage sur 2 années ;

5) valider le protocole d’échantillonnage des abeilles sauvages pour diffusion dans le réseau ;

6) intégrer les données syrphes.

 

Le rapport d’analyse est disponible ici.

Pour info complémentaire, contacter Hadrien Gens : hadrien.gens [at] espaces-naturels.fr

 

 

Outils d’animation RNF : Un nouvel atelier « Pollinisateurs »

L’atelier « Pollinisateurs » est créé et a pour objectif d’intégrer la conservation des pollinisateurs (abeilles sauvages, syrphes, papillons, etc.) et de leurs interactions dans la gestion des réserves naturelles. Plus d’information début 2020 !

 

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